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John
Carpenter's The
Thing
Comme
le dit la sagesse populaire, il y a des choses qu'on peut faire et
d'autres qu'il ne vaut mieux pas essayer. Genre, se frotter avec
des fans au sujet de John Carpenter quand on n'y connaît rien.
D'un autre côté, sans quelques propos taillés à l'emporte-le-vent,
sortis il y a quelques semaines et suivis d'une discussion qui
restera dans les annales, je serais probablement resté encore
longtemps à côté de "The Thing" (La Chose), ignorant le
chef-d'oeuvre caché, mine de rien, derrière ce que j'avais un
peu trop rapidement considéré comme un joyeux remake de film
d'horreur des années 50.
Lesdits fans bien sûr ne manqueront pas
de me souligner que l'original en question ("The Thing From
Another World", c'est-à-dire "La Chose Venue d'un Autre
Monde",
1951) a été produit (et peut-être bien coréalisé en douce,
dit la rumeur) par Howard Hawks et a été tiré d'une nouvelle de
John Campbell Jr ("Who Goes There?", soit "Qui va là
?") ; ils
n'auront pas tort, ce n'est déjà pas rien. Les puristes me
diront qu'on ne déprécie pas un film sur le simple fait qu'il
s'agit d'un film d'horreur et que son affiche ressemble à une pub
pour Pepsodent, et ils auront bien raison. Aucune excuse donc, il
ne me restait plus qu'à changer d'avis et de chemise, et qu'à
apporter quelques tentacules au jardin de ma culture
cinématographique.
Et
là, surprise (ou pas, au choix). "Carpenter's The Thing" n'est
pas seulement un bon film d'horreur, il s'agit d'un excellent film
tout court. L'histoire pourtant pourrait paraître simple. Une
méchante créature venue de l'espace s'est écrasée en
Antarctique il y a bien longtemps de cela, et n'eût été
quelques savants bien avisés de l'exhumer, elle serait restée
tranquillement à dormir plutôt que de tuer un à uns les êtres
vivants l'entourant et de prendre l'apparence des malchanceuses
victimes. Dès le début pourtant, il y a le parti-pris de
Carpenter de faire la nique aux classiques du genre, annonçant
par la même occasion au spectateur un malaise qui ne fera que
grandir durant tout le film.
Tout commence par une longue
séquence d'introduction où l'on voit deux hommes s'acharner
depuis un hélicoptère contre un chien polaire. Le cadre,
majestueux dans son immensité et sa blancheur est déjà le
théâtre d'une situation particulièrement désagréable. Il est
étonnant de voir un film d'horreur où le blanc puisse figurer
autant -- étant par ailleurs magnifiquement servi par une
photographie irréprochable -- aussi bien au niveau des décors que
dans les fondus enchaînés. Il est encore plus étonnant de voir
combien la tombée de la nuit peut ajouter à la noirceur d'une
histoire déjà franchement glauque où aucun détail ne nous est
épargné. Pas de mystère ici, pas de vue subjective, de cadavres
fleurissant mystérieusement ici et là. D'un bon direct dans la
poire, on sait rapidement à quoi s'en tenir : l'inconnu est
élucidé en un temps record, le pourquoi et le comment livrés en
bonus. La recette est magiquement simple. La Chose est donc
capable de changer d'apparence et de copier parfaitement celle de
ses victimes en se reproduisant au passage. Et en plus, elle
brûle bien.
A partir de là, tout le travail réussi de Carpenter
est de suivre le cheminement psychologique de MacReady (Kurt
Russel), un pilote d'hélico bien décidé à se sortir de ce bazar
extra-terrestre, et d'entretenir un équilibre entre l'apparente
normalité des situations et les épisodiques déchirures - au
propre comme au figuré - révélant des visions cauchemardesques.
En cela,"Carpenter's The Thing" est une excellente adaptation
cinématographique de la narration lovecraftienne. Difficile en
effet de trouver ailleurs dans le répertoire une telle finesse
dans la représentation d'une horreur qui se tapit derrière la
réconfortante réalité et que l'on aimerait bien pouvoir
ignorer. L'on aurait pu en rester là et avoir un petit bijou du
genre, où le malaise est réel et les quelques grosses frayeurs
particulièrement éprouvantes pour les nerfs. Soyez prévenus,
Carpenter fait dans le gore comme dans la dentelle. Quand il nous
sert un film d'horreur, il n'y va pas avec le dos de la cuiller.
Il se trouve cependant que Maître John n'a pas non plus oublié
d'être bon cinéaste tout court. Malgré donc un premier degré
clairement affiché (aucune distanciation humoristique n'étant
offerte au spectateur, les séquences s'enchaînant selon une
logique glaciale à laquelle on aimerait pourtant bien parfois
échapper), Carpenter se paie donc le luxe de soulever quelques
questions pas bêtes. On retrouve notamment une analyse de la
légitimité de la violence (la peur de mourir donne-t-elle le
droit de tuer son prochain ? Peut-on justifier celui-ci au nom de
la survie du groupe, quand la terreur est clairement
égocentrique, à l'image de celle des paranoïaques ?). A noter
également la présentation de la base scientifique comme un monde
clos, exclusivement masculin, où le passage d'une tension de
promiscuité forcée à une haine caractérisée de l'individu est
remarquablement disséqué. Masculinité oblige, on discute moins
qu'on ne se dispute. Le cheminement psychologique de MacReady est
donc tout autant visuel que verbal, sinon plus. Russel pourtant
est dirigé avec une grande justesse, et son parcours dans le film
passe de l'étonnement à la colère, en passant par la révolte
et le cynisme, le tout n'étant pas sans insidieusement rappeler
le rapport du malade à sa maladie et la crainte de la mort qui
guette, patiente, au tournant.
En bref, un film d'horreur est
avant tout un film, et ce n'est pas parce qu'on fait dans un genre
marginalisé qu'il faille s'autoriser une médiocrité qu'excusera
un public déjà conquis, ou qu'il faille au contraire tuer un
style sous prétexte de plaire aux réfractaires. Carpenter ne
fait ni l'un, ni l'autre, et c'est très bien comme ça. On ne
pouvait rêver mieux -- ou pire, au choix.
Poume
 Kurt
Russell est Mac Ready
|
Un film de John Carpenter
Avec : Kurt Russell, Wilford Brimley, T.K Carter
Durée : 1h44
Le
DVD
Images
superbes et VO remasterisée en 5.1 donnent un nouveau souffle à
ce film culte. Le
DVD mérite son appellation de collector puisqu'il nous offre
quelques bonus réjouissants : et en premier un excellent making
of de 80 minutes intitulé "Terror takes shape" Le
commentaire audio de Carpenter et Russell est un modèle du genre,
à la fois très drôle et informatif. On y rajoute encore
des scènes inédites, le storyboard et la conception artistique,
une bande annonce et plein de photos...
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