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American
Psycho
Critique
du film
Adapter
le roman à scandale de Bret Easton Ellis, qui choqua l’Amérique
politiquement correcte lors de sa parution en 1990, ne pouvait être
qu’une gageure. Sans surprise, l’honnête adaptation de Marry
Harron échoue à récréer la terreur coercitive qui s’emparait
du lecteur. Il en résulte un film plutôt bien foutu, assez fidèle
au roman sur son développement et son visuel, mais qui pèche par
un manque flagrant d’audace. Preuve en est que, contrairement au
livre, le film ne déclencha aucune polémique à sa sortie,
pourtant fort redoutée par tous les détracteurs du roman. Même
la censure US ne trouva finalement pas grand chose à y redire.
Patrick
Bateman est un modèle pure race du golden boy des eighties.
Soucieux de son image et de son corps, obsédé par sa coupe de
cheveux, ses costards et ses cartes de visite, il vit dans un
monde aseptisé peuplé de requins dont la religion s’appelle
Fric. Un mec bien sous tous rapports, sous le masque duquel se
cache un assassin sans pitié, un monstre déshumanisé qui tue
froidement, sans relâche.
Critique
à froid des années 80 et de leur culte assumé de l’argent, le
roman n’hésitait pas à dépeindre graphiquement la violence
insoutenable de Bateman, en la doublant d’un humour très noir
et jubilatoire bien déstabilisant. Une cruauté fascinante et des
partis pris (homophobie, misogynie du personnage) qui firent
beaucoup pour son aspect scandaleux.
Sans
surprise, la violence du roman est franchement édulcorée, et
surtout moins graphique que celle du roman, un comble pour un
film. Les meurtres ne sont pas plus choquants que ceux d’un
slasher movie de série.
Mais
l'ambiance glaciale et malsaine du livre est quand à elle plutôt
bien restituée. A cela deux raisons. Tout d’abord, Christian
Bale compose un Bateman plus vrai que nature, complètement déjanté
et acéré comme une lame de rasoir. Il incarne véritablement le
personnage imaginé par Ellis, le sortant même de son statut semi
iconique du livre pour le rendre horriblement réel. Ensuite, La réalisatrice
a plutôt bien retranscrit l’humour à froid du livre, et la
critique incisive d’un microcosme bouffi. A cet égard, la scène
où les jeunes cadres rivalisent à coup de cartes de visite est
un pur bonheur. Le cynisme du livre trouve ici un écho bienvenu,
même s’il n’est pas aussi percutant.
Seul
souci, cet humour tourne un peu à vide au bout de la moitié du métrage.
C’est le vrai problème du film, qui a un peu de mal à trouver
ses marques entre critique sociale, thriller ou produit trash. Ne
choisissant réellement aucune direction, il s’enferme dans ses
contradictions, et tire en longueur. il souffre d'un manque évident
de consistance bien dommageable, jusqu’à une fin plutôt
convenue, qui ne cadre de plus pas avec la vision d’Ellis. Au
final, le film n’est sans doute pas l’énorme échec invoqué
par certains : son cynisme et sa froideur clinique en font même
un spectacle assez étonnant en cette période de cinéma ripoliné
désireux de ne faire aucune vague. Mais le statut d’œuvre
culte immédiatement accordée au roman ne peut malheureusement
pas lui être décernée...
Manu

Bateman
dans ses oeuvres
|
Un film de Mary Harron
Avec : Christian Bale, Willem Dafoe, Jared Leto, Reese Witherspoon,
Samantha Mathis
Durée : 1h38

Le
DVD Un
DVD assez complet, en tout cas plus que son homologue zone
1.
Les
5 scènes coupées ne viennent en rien bouleverser ce film trop
sage. Les multiples interviews sont quand à elle plutôt
intéressantes et on peut y rajouter un making of...
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