|
Accueil
Jeux
de
Rôle
Ciné-DVD
Télé
Bouquins
& BD
Contact
Forum

|
The
Others
Amenábar
nous avait déjà gâtés par le passé avec son "Abre los
ojos" ("Ouvre les Yeux" en français, un
thriller complexe à base de cauchemars, de cryogénisation et de
chirurgie esthétique), le revoilà qui frappe fort avec "The
Others" (Les Autres), une histoire de maison hantée pas
piquée des mites.
Grace
(Nicole Kidman) vit recluse dans son manoir anglais avec ses deux
enfants, Anne et Nicholas. Nous sommes au sortir de la deuxième
guerre mondiale, il y a beaucoup de brouillard et les deux
adorables bambins souffrent d'une allergie à la lumière, ce qui
les oblige à vivre constamment dans l'obscurité à la lumière
de lampes à pétrole. Progrès aidant, on aurait pu avoir
l'électricité, mais Grace a décidé que ce n'était pas plus
utile que d'avoir le téléphone. Il faut dire que cette dernière
a de sales migraines et des accès de colère comme n'importe
quelle personne un peu ermite se doit d'avoir.
Amenàbar
arrive à nous faire ressentir admirablement une atmosphère
confinée, oppressante, dans un lieu paradoxalement vaste. Foin
des scènes en extérieur et des larges plans sur des pièces
vides, le spectateur se sent rapidement pris au piège dans une
voie sans issue, sans échappatoire, où l'on se prend à désirer
ces quelques moments intimistes où il fait noir et où rien
n'existe sinon dans le mètre autour des chaudes lumières des
lampes à pétrole. La lumière du jour fait peur, elle montre ce
qu'on ne souhaite pas voir et l'obscurité rassure. Il faut aussi
parler des énigmatiques serviteurs, qui s'ils semblent plus au
courant qu'ils n'en disent, n'en sont pas moins sympathiques et
légèrement plus rassurant que le reste de la maisonnée. Notons
enfin la quasi-omniprésence féminine pour un film de genre où
la femme est habituellement reléguée au rôle secondaire de
victime. Il ne s'agit là que de quelques-uns des nombreux
stéréotypes de film d'épouvante dont Amenàbar s'amuse à
prendre le contre-pied. Et c'est probablement là que le film fait
mouche, en endormant la méfiance du spectateur aguerri,
l'emmenant sur une terre qui tout hantée fût-elle, ne lui parait
pas moins connue, pour ensuite mieux le surprendre, l'inquiéter,
et le laisser dans cette atmosphère d'ignorance et de peur de
l'inconnu où sont également plongés les principaux
protagonistes de l'histoire. Car, n'ayons pas peur de le dire, on
frissonne sec dans "The Others", tant l'ambiance est
décalée et malsaine, humide et froide, désespérée et triste.
Quelques coups de fouet viennent bien sûr nous faire bondir à
deux mètres de notre siège, mais comme leur venue reste
imprévisible, on finit par rester constamment sur nos gardes et
flipper tout au long du film.
L'histoire
est certes un peu lente et on aurait pu se passer de la bluette
romantique en plein milieu. De même, on aurait pu souhaiter voir
la psychologie des personnages de Grace et de la servante un peu
plus dégrossie. Il n'empêche, Nicole Kidman s'acquitte bien de
son rôle casse-gueule, et la fin extrêmement soignée aidera à
pardonner les quelques cahots du scénario. Malgré de nombreuses
similarités avec le faiblard "Jeu d'enfants" qui
pourront agacer le public qui s'était fait échauder dans le jus
de navet, il faut garder confiance et savourer pleinement "The
Others", tant il aborde le genre sous un angle peu commun.
Difficile d'en dire davantage sans gâcher le plaisir d'un
visionnage qui sera d'autant meilleur que le spectateur ne saura
pas à quoi s'attendre.
Conseil
de l'ami Poume donc, bouchez-vous les yeux, ne lisez pas vos
journaux habituels, n'écoutez pas vos amis parler du film et
allez le voir à sa sortie. Après, peut-être pourrez-vous
dresser des parallèles avec d'autres films dont on nous a trop
rabattu les oreilles et qui n'arrivent pas forcément à la
cheville du petit bijou d'Amenàbar. Les critiques américains ont
encensé "The Others", notamment parce qu'il donne un
nouveau souffle à la veine des films d'épouvante, tristement
tarie sur le nouveau continent à coups de parodies et
d'épileptiques films dits 'à sensation'. Même si le désastre
n'est pas le même en France, on ne peut effectivement que louer
cette prise de conscience américaine et espérer un avenir
meilleur poindre à l'horizon. Ça ne fait pas de "The Others"
le film de l'année, mais ce dernier se laisse voir très
agréablement, et cela méritait d'être dit.
Poume 
|
Un film d'Alejandro Amenabar
Avec : Nicole Kidman, Fionnula Flanagan, Alakina Mann et James Bentley
|