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Los
Angeles 2013
Snake
Plissken : le héros ultime façon John Carpenter, l'icône même
du cinéma de genre qu'il affectionne. Carpenter aime le western,
alors forcément, il aime les silhouettes solitaires des héros
cradingues. Snake en est la quintessence. Héritier de l'homme
sans nom immortalisé par Clint Eastwood dans les films de Leone,
Snake c'est le héros individualiste par excellence, violent,
anticonformiste et destructeur. Complètement idéalisé (le
bandeau sur l'oeil, le cigarillo pourri, la barbe de trois jour, le manteau de cuir et les mâchoires serrées) c'est
l'archétype de l'anti-héros désabusé et égoïste.
Après
s'être échappé de New York dans ce qui reste peut être le plus
bel exemple de la série B audacieuse et inventive, à
savoir New York 97, Snake est de retour dans une séquelle
surprise. On ne peut nier le plaisir évident qu'on prend à
revoir Kurt Russell (jamais aussi bon que lorsqu'il ne parle pas)
dans la défroque défraîchie du Snake. Mais l'on sort tout de
même un brin déçu du visionnage de ce Los Angeles 2013
un peu bancal.
Comme si en chemin, Carpenter avait oublié qu'il réalisait
d'abord un film d'action...
En
l'an 2000, à la suite d'un gigantesque tremblement de terre, Los
Angeles, ravagé, est détaché du continent américain. 13 ans
plus tard, les USA sont sous la coupe d'un gouvernement d'extrême
droite puritain. LA est devenu un lieu de déportation ou en
envoie sans discernement criminels et opposants au régime. Utopia,
la fille du président, dérobe un prototype de contrôle des
satellites de défense US et fuit vers LA pour le remettre à
Cuervo Jones, meneur d'une milice révolutionnaire. Snake, qui
vient juste d'être arrêté par les forces armées du
gouvernement, est chargé contre son
gré de retrouver le module de contrôle et de tuer Utopia. Pour
le motiver, un virus lui est inoculé...
Le
scénario, copie carbone du précédent, n'est en fait qu'un
prétexte. Carpenter se fout de son intrigue décousue... Rien
d'étonnant à ce que LA 2013 soit donc un film plutôt raté sur la forme : les effets spéciaux,
quand ils ne sont pas ringards (l'arrivée de Snake à LA en
submersible), sont inutiles (que vient faire là la scène du
tremblement de terre ?). Le récit est décousu et prend l'eau, et
le film aligne au moins 2 moments authentiquement Z : la scène de
surf (n'importe quoi, mais drôle) et la scène de la clinique
esthétique (n'importe quoi, mais pas très drôle)
Mais
pour John Carpenter, LA 2013 est l'occasion de mettre
en boîte un pamphlet politique ravageur débarrassé de toute
concession, à l'image de son Invasion Los Angeles. Mais il
n'y a plus guère d'illusions dans le discours de Carpenter, plus
guère d'espoir, ce qui rend le film particulièrement cynique et
grinçant sous ses dehors de série B marrante. Complètement
décomplexé, Carpenter donne à fond dans ce qu'il aime : il tire
à boulets rouges sur le politiquement correct et le puritanisme
exacerbé de ses compatriotes. Mais il renvoie aussi dos à dos
les oppresseurs et les soi-disant libérateurs, et ne trouve de
solution que dans la fuite en avant. Carpenter tourne tout en
dérision. Pas étonnant que le méchant du film, Cuervo Jones,
soit au final risible face à cet pur méchant de série B
qu''était le Duke (Isaac Hayes) dans NY 97...
Seul
Snake Plissken reste égal à lui même. Rattrapé
par son histoire et les médias ("l'homme le plus dangereux des
USA" claironne la télé), Snake est devenu une icône, une légende. Alors que tout le monde
le croyait mort dans New York 97, ici tout le monde le croyait plus
grand... Mais Snake est immuable et il s'en fout : désabusé, il ne se rallie à aucune cause
et se branle de l'avenir du monde "civilisé". A ce
sens, la scène finale de LA 2013, géniale, rattrape tout ce qui
précède : la réponse trouvée par Snake est implacable, dictée par un individualisme et un
nihilisme forcené.
Dommage
donc qu'à ce fond militant et jusqu'au boutiste, Maître
Carpenter n'ait pas su allié une forme irréprochable. Ici, sa
rigueur proverbiale n'est pas au rendez vous et LA est bien loin
de New York 97 et de son déroulement minuté au cordeau. Avec pourtant
beaucoup plus de moyens, LA n'est jamais aussi éprouvant ou
haletant que
l'original. Reste
quelques scènes géniales, comme celle ou Snake est forcé de
jouer au basket, très bonne variation sur le thème de l'arène
du premier film. Mais Carpenter ne permet pas à son film
d'assumer complètement son statut de film d'action trépidant, et
oublie parfois de raconter tout simplement une histoire...
Manu

Snake
Plissken ou l'archétype du héros vu par Carpenter
|
Un
film de John Carpenter
Avec
: Kurt Russel, Stacy Keach, Steve Buscemi, Pam Grier
Durée
: 1h37
Le
DVD
Service
minimum pour le retour de Snake : une bande annonce et rien
d'autre.
On
aurait pourtant bien aimé entendre Carpenter parler de son alter
ego cinématographique, ou en apprendre plus sur le tournage.
Bernique.
Pistes
5.1 en VF et en VO dont on peut espérer qu'elles auront la
pêche...
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