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Hannibal
Toujours
recherché par le FBI, Le docteur Hannibal Lecter, plus
communément connu sous le sobriquet de Hannibal le Cannibale, a
trouvé refuge en Italie, dans la ville de Florence. Il y mène
une vie luxueuse, dissimulé sous l'identité d'un
bibliothécaire. Jusqu'au jour ou l'inspecteur Pazzi, un flic sur
la sellette, le reconnaît et décide de le livrer au milliardaire
Mason Verger, victime défigurée du bon docteur avide de
vengeance… Au même moment, l'agent spécial Clarice Starling,
la seule à qui Lecter a jamais voulu parler pendant son
incarcération, est mise à pied à la suite d'une arrestation qui
a tourné en fusillade sanglante.
Le
moins que l'on puisse dire, c'est qu'à l'instar du livre dont il
est tiré, Hannibal fut loin de faire l'unanimité lors de sa
sortie. Excellente variation sur le personnage précédemment
imposé par Hopkins, ou sombre nanar déguisé en blockbuster
auteurisant ? Immédiate et fatale, la comparaison avec le Silence
des agneaux n'a pas manqué de réduire Hannibal au rang des
séquelles ratées. Prétentieux et grotesque furent des adjectifs
également employés assez souvent… En gros les mêmes reproches
que ceux formulés au livre de Thomas Harris. D'autant plus
surprenant qu'Hannibal est loin de se conformer au cahier des
charges de la "séquelle" type. En fait, à aucun
moment, il ne cherche à marcher sur les traces du Silence des
Agneaux, ou encore moins d'en retrouver le style...
Il
est clair que les nombreux détracteurs du roman de Thomas Harris,
ne trouveront guère d'excuses au film de Ridley Scott, assez
fidèle au matériel de base, encore qu'handicapé par une fin
inexplicablement différente. Mais c'est pourtant bien la
démarche de Harris que Scott a ici reprise à son compte. Le
roman, comme le film, ne joue jamais sur les plates bandes de
Dragon Rouge ou du Silence des agneaux. En effet, pour mémoire,
Hannibal est bien le troisième roman mettant en scène le
psychiatre cannibale (et c'est aussi le troisième film, car on
oublie trop souvent le magnifique Manhunter de Michael Mann,
réalisé avant le Silence des Agneaux). Dans Hannibal, on quitte
en effet le genre du thriller, domaine des deux histoires
précédentes centrées avant tout sur un chasse au tueur en
série, dans lesquelles Lecter faisait office de " mentor
" ténébreux. Et si Le silence explorait la relation de
fascination entre Clarice et Lecter, ce n'était qu'en contrepoint
d'une véritable intrigue policière ou le but était de stopper
les agissements du serial killer Jamie Gumb.
Rien
de tout cela ici. Avant tout, Hannibal est une histoire d'amour
inavouée entre Lecter et Clarice. D'autant plus inavouée donc,
que Scott nous pond une fin différente du livre (très explicite
quand à la véritable nature de la relation Clarice / Lecter).
Vous découvrirez toutefois sur le DVD une fin alternative moins
idiote et un peu plus claire… Et le titre même nous en avertit
: pour la première fois Harris a décidé de prendre Lecter comme
personnage principal, brisant ainsi la distance autrefois établie
avec lui. D'autant plus troublant qu'au final, l'auteur semble
trouver des excuses à son cannibale de héros. Face à lui, le
monde semble en effet bien pourri : flics ripoux, politicard
véreux… Quand à Mason Verger, il est lui même présenté
comme un monstre pédophile que le docteur n'a finalement fait que
punir justement. Fidèle à ses principes et sa conception
"raffinée" de la vie, Hannibal se pose presque comme un
héros positif, face à une Clarice symbole de la pureté. Harris,
et Scott sur ses traces, ont donc cédé au culte de la
personnalité.
Du
coup, sans surprise, la forme suit le fond. Le suspens est
quasiment inexistant dans Hannibal, et vous ne ressentirez jamais
la pression de la chasse à l'homme orchestrée dans le silence
des agneaux : pas d'enquête haletante ici. Surtout, à mille
lieux du thriller naturaliste qu'est le Silence, Hannibal se veut
avant tout une œuvre esthétisante, à l'instar des goûts
raffinés de son personnage titre. Un poil trop d'ailleurs,
puisque si Scott, visiblement très inspiré par Florence, pond de
belles images, il tombe quand même dans le cliché et le
chichiteux bon marché. On a bien souvent l'impression que le
réalisateur collectionne les cartes postales ou tente de nous
vendre une voiture. Idem pour des tics de mise en scène
immédiatement reconnaissables, comme la fusillade théâtralisée
du départ, qu'on dirait issue de l'ouverture de Gladiator.
Etrangement cela n'enlève rien au pouvoir de fascination de ce
film hybride à plus d'un titre.
Car
si Scott abuse ici de son maniérisme visuel, il se révèle un
directeur d'acteur époustouflant. Hopkins cabotine à mort, mais
fait mouche, en parfaite adéquation avec l'aspect baroque
flamboyant du film. Julianne Moore réussit haut la main à
s'approprier un rôle définitivement marqué par la prestation de
Jodie Foster. Elle est toujours juste. Seul le pourtant excellent
Ray Liotta semble ici sous-employé.
Que
dire pour terminer cette (trop) longue critique ? Hannibal est
clairement un mauvais thriller. Si vous attendiez une suite
directe au silence des agneaux, vous serez amèrement déçus.
Mais si l'on aborde comme une histoire d'amour déviante, on
découvre un film fascinant et obsédant, particulièrement noir
sous ses dehors trop léchés et maniérés… Ridley Scott prouve
donc après Gladiator qu'il est définitivement de retour, et la
période sombre des Lame de Fond et autres G.I Jane est bien
révolue.
Manu
|
Un film de Ridley Scott
Avec : Anthony Hopkins, Julianne Moore, Ray Liotta, Gary Oldman
Durée : 2h06

Le
DVD L'édition
en double DVD (un pour le film, un pour les suppléments) semble
décidément devenir une habitude. Les bonus d'Hannibal sont donc
plutôt conséquents, à commencer par toute une série de scènes
coupées variablement intéressantes. Un
gros making of vous sera aussi proposé. Intéressant, bien qu'il
n'évite pas toujours le piège de l'autosatisfaction béate. Plus
des études de scènes en multi angles (la fusillade, la
conception du générique et le story-board de Ridley Scott), des
photos et bandes annonces. Un bel objet dans un joli coffret. VF
en 5.1 et DTS, VO en 5.1. Image splendide qui sert
admirablement bien les compositions visuelles de Ridley Scott.
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