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Ghosts
of Mars
Il
est un adage qui dit qu'un écrivain passe sa vie à réécrire
encore et toujours la même histoire, s'essayant à différents
angles de vue et différents styles, dans l'espoir de toucher un
peu plus à l'idéale version qu'il a en tête depuis le premier
jour. John Carpenter ne semble pas échapper à la règle en nous
parlant une fois de plus de ses thèmes de prédilection, à
savoir le mal à l'image de nos proches (The Thing), la réalité
possédée par des êtres maléfiques (Christine), et les
batailles chevaleresco-gores (Escape From New York)... sans
compter un gros parallèle envers l'un de ses premiers films, Assaut.
Le tout saupoudré avec des touches d'inéluctabilité et de
promiscuité, sur un ton pessimiste reconnaissable entre mille.
S'il est au moins une chose que l'on ne pourra reprocher à
Carpenter, c'est celle de rester fidèle à son propos, et de
continuer à développer un genre qu'il chérit envers et contre
toutes les modes.
Hélas
pour le spectateur, si les thématiques se suivent et se
ressemblent, la facture des films de John Carpenter est
particulièrement inégale, et rien n'est vraiment là dans Ghosts
of Mars pour sauver la mayonnaise. Le scénario tient de la
simplicité habituelle des films de carpenter. Deux siècles dans
le futur, Mars est quasiment terraformée et tenue par une
société matriarcale. Dans un décor restant toutefois très
rouge et poussiéreux, une escouade de policiers galactiques tenue
par Melanie Ballard (Natasha Henstridge) vient chercher et
transférer l'abominable James "Desolation" Williams (Ice
Cube), tenu emprisonné dans un village pionnier. Il ne faudra pas
longtemps à l'équipe pour remarquer que ledit village est le
théâtre d'une boucherie peu commune, impliquant pendaisons par
les pieds et décapitations de masse. Bon sang, mais c'est bien
sûr, les esprits d'anciens extra-terrestres ont été
réveillés, et ils ne sont pas contents. Une bande de bleus qui
se bat contre des fantômes, une flic mi-barbie mi-GI Joe et un
gros dur bourru devant faire équipe contre les vrais gros
méchants,... Ne cherchez pas plus loin, vous avez déjà compris.
Ou
presque. Car même lorsqu'il n'est pas aussi bon que dans certains
autres films, Carpenter trouve quand même le moyen de nous
balancer deux-trois éléments ahurissants, salvateurs oasis dans
un désert bien aride. À commencer par les associations d'idées
du premier plan du film, un train (fantôme) (fantôme... Ghosts
of Mars... Eh eh) fendant le paysage martien.
La
narration, faite de flashbacks imbriqués, est d'un culot et d'une
complexité bien moins innocents qu'il n'en parait au premier
abord, tout en coulant naturellement de source. Carpenter utilise
admirablement le passage du témoignage à la première personne
à celui d'une narration par épisodes. On peut aussi saluer la
justesse de la bande son, sans laquelle le film n'aurait
probablement pas la touche hard-core qu'il cherche
(laborieusement) à se donner.
L'on
a au final entre les mains un film bancal, mal fini, qui ne sait
pas forcément où il va. Le jeu des acteurs est discutable. On se
demande notamment ce que Carpenter a trouvé à Ice Cube pour lui
donner le premier rôle, et on regrette amèrement l'absence de
Kurt Russell. La touche pseudo-féministe du film tombe à plat,
l'ensemble des minettes aux allures martiales ayant du mal à
dissimuler les moustaches et le pénis que leurs rôles
suggèrent. À l'inverse, on pourrait voir dans cette société la
mordante conclusion au féminisme dit 'libéral', qui vise à
revendiquer pour les femmes le même statut que les hommes au sein
d'une société patriarcale. Toutefois, les choix directoriaux de
Carpenter sont trop inconsistants et rendent difficile la vision
de son emploi des femmes pour autre chose qu'un vague exotisme
cheap. Les dialogues sont d'un niveau pathétique, à tel point
qu'on finit par se dire que Carpenter s'intéressait probablement
à autre chose en faisant ce film. Mais à quoi au juste ?
Peut-être
la réponse se trouve dans son concept de fantômes, méchants,
vindicatifs et virtuellement indestructibles. Avec un tel point de
départ, Carpenter analyse combien une bataille pour certaines
causes peu sembler vaine, tout en restant indispensable et
justifiable. On retrouve là le Carpenter engagé politiquement,
dont le propos se perd toutefois dans la maladresse généralisée
du film et ne parvient jamais vraiment à prendre son envol. Sauf
peut-être à la fin, où malheureusement le spectateur aura perdu
son sérieux depuis longtemps déjà.
On
l'aura compris, Carpenter agace, continuant de rester inclassable,
délivrant ce qui semble de près comme de loin un clair navet,
tout en arrivant à se faire pardonner ici et là un style
brouillon. Suivant l'humeur donc, on pourra crier au scandale, ou
déclarer indulgent, comme le New York Times, que Carpenter peut
quand même faire mieux. Déontologiquement impossible à enterrer
sous les mauvaises critiques, il ne nous reste plus qu'à
apprécier Ghosts of Mars comme un travail intermédiaire, et à
attendre le prochain Carpenter, en espérant que celui-ci nous
apportera autant de satisfaction que les précédents bijoux
auxquels ce cinéaste nous avait habitués.
Poume
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Un film de John Carpenter
Avec : Ice Cube, Natasha Henstridge, Jason Statham
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