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Crying
Freeman
Alors
qu'elle peint sur les hauteurs de San Francisco, la jeune Emu
O'Hara assiste au meurtre d'un gangster japonais. Son assassin est
un étrange et beau jeune homme qui verse une larme sur le cadavre
encore chaud de sa victime. Recluse dans sa propriété, Emu sait
que tôt ou tard, l'assassin viendra pour elle, puisqu'elle a vu
son visage. Elle décide de l'attendre en victime consentante.
Elle ne sait pas encore qu'elle est la cible du "Crying
Freeman", tueur implacable, réputé invincible, à la solde
d'une société secrète chinoise...
Revoir
aujourd'hui Crying Freeman dans la superbe copie que nous offre
cette édition DVD est un véritable plaisir. Et c'est bien là le
seul moyen d'expliquer pourquoi on tient tant à ce film. On ne
peut aborder Freeman que par l'angle du plaisir, celui d'un
réalisateur qui accède enfin à l'objet de ses phantasmes, celui
du spectateur, pour peu qu'il accepte de se laisser prendre au
jeu. Crying Freeman, c'est d'abord le film d'une passion
dévorante, celle de Christophe Gans pour le cinéma. Cet amour
pour l'image, la mise en scène, le mouvement, est présente à
chaque instant, à chaque plan que Gans s'évertue à ciseler avec
obstination. Comme si ne croyant pas à sa chance, il s'employait
à tout donner, de peur qu'on lui retire son ouvrage sans qu'il
ait pu tout faire, tout montrer, tout essayer.
Freeman
est un véritable laboratoire d'expérimentation d'un forcené de
l'image. Bourré de références, le réalisateur tente de
concentrer en un film le fruit d'années d'adoration, de réflexion,
de dissection du cinéma de genre. Alors bien sur, comme on s'est
plu à la faire remarquer, Crying Freeman est bien d'abord un film
de "fan", un vibrant hommage à ceux qui ont fait rêvé
Gans et dont il défendait bec et ongles les mérites, à la tête
du défunt Starfix. De John Woo (dont il s'est offert le monteur
attitré, David Wu) à Tsui Hark, c'est le cinéma de Hong Kong
bien sur qui nourrit Crying Freeman. Gans lui emprunte ce sens
inimitable de l'espace et du mouvement, ou la beauté du geste est
magnifiée par l'emploi d'un ralenti qui paradoxalement est seul
à même de rendre hommage à la vitesse. Un cinéma dont
l'esthétisme outrancier est la vraie raison d'être, où la
violence, pourtant intense et brutale, est tellement chorégraphiée
qu'elle en devient une autre source de beauté...
Mais
Gans s'abreuve aussi au meilleur du cinéma italo-américain : la
magnifique scène de l'exécution dans le restaurant, sur fond
d'opéra, n'aurait certes pas été reniée par un Coppola ou un
Scorsese... Au carrefour des genres et des cultures, Gans est
comme le personnage de l'inspecteur Netah (Tcheky Karyo) fasciné
et plongé dans une culture qui pourtant n'est pas la sienne. Gans
n'en oublie donc pas ses propres racines, et son film a parfois
les fulgurances noires d'un Melville, et le Freeman rappelle un
certain "Samouraï"...
Mais
si Crying Freeman est bien un patchwork filmique aux inspirations
évidentes, il n'en est pas moins le film de son
réalisateur, capable de transcender ses influences pour livrer
une oeuvre véritablement digérée. Et c'est la vraie force de
Gans, qu'il démontrera avec encore plus de maestria sur le
Pacte des loups : ne jamais se laisser bouffer par ses
références encyclopédiques, d'être toujours honnête envers
ses personnages. Crying Freeman ne ressemble jamais à un collage
aberrant de morceaux choisis. Même s'il révèle quelques
scories, quelques maniérismes (c'est tout de même un premier
film, ce que la maîtrise technique nous fait parfois un peu
oublier), le film conserve son intégrité thématique et sa
cohérence.
Enfin,
le Freeman n'existerait pas sans celui qui le personnifie à
merveille. Mark Dacascos réussit à imposer un
personnage-concept, avare en parole, qui ne repose que sur sa
présence physique écrasante. Immédiatement crédible, il sert
le film et le propos de sa plastique irréprochable. Un critique a
dit très justement que Crying Freeman était peut être le
premier film d'action "féminin", dans le sens ou son
approche esthétique était primordiale. Il est vrai que Gans
apporte un souffle purement sensuel à l'intégralité du film, et
ce même au coeur des scènes les plus violentes.
Et
voilà pourquoi Crying Freeman se vit, en tant que spectateur, sur
le registre du plaisir esthétique. Voilà aussi pourquoi on tombe
amoureux de ce film malgré les faiblesses de son script ou ses
petites erreurs de goût, comme sa lenteur parfois trop affectée.
Voilà encore pourquoi on peut tout aussi bien faire un rejet
complet du style de Gans et haïr ce film. Voilà enfin pourquoi
Christophe Gans est devenu, en l'espace de deux films, un
réalisateur précieux...
Manu
 Le
Freeman et Emu
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Un film de Christophe Gans
Avec : Mark Dacascos, Julie Condra, Tcheky Karyo, Yoko Shimada
Durée : 1h37

Le
DVD Ce
coffret redonne un vrai sens au terme galvaudé de collector. Difficile de faire plus exhaustif... On
ne fera pas ici la liste complète de tout ce que vous
découvrirez sur le second DVD dédié aux suppléments, mais
sachez que rien ne manque. On apprend tout de la gestation du film
à sa post production au travers d'une foultitude de documents, le
tout commenté par Christophe Gans. Une
des pièces maîtresses est notamment le storyboard de Thierry
Ségur présenté dans son intégralité.
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