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Fight
Club
David Fincher n'est pas un tendre, et encore moins un optimiste. Il donne à la saga Alien son opus le plus noir et le plus désespéré
(Alien 3, mille lieux au dessus de la plaisanterie de Jean Pierre Jeunet) et se heurte par la même occasion à ses producteurs, qui charcutent à l'envie son premier film. Le second, il en aura la maîtrise totale, et accouchera d'un chef d'oeuvre noir et torturé, le sublime
Seven. Faisant figure de surdoué, Fincher est forcément attendu au tournant. Pas de bol, son troisième film est un navet
(The Game avec le pauvre Michael Douglas)… Inutile de dire qu'avec Fight Club,
Fincher, épaulé par deux excellents acteurs (Brad Pitt et Edward Norton) devait prouver que The Game n'était qu'un accident de parcours.
Précédé d'une réputation sulfureuse, voire même considéré comme un film déviant, Fight Club est avant tout un film très drôle et très inventif. Anti conformiste, ne respectant aucun des tabous de la société de consommation américaine, Fight Club est un fourre-tout visuellement très excitant, qui part dans toutes les directions, collant des coups de pied au train de tout ce qui représente la société américaine. Fincher met son imagination visuelle et sa maîtrise technique (époustouflante, surtout au début du film lorsqu'il suit les divagations du narrateur) au service d'une histoire barge qui entraîne le spectateur dans les directions les plus inattendues.
Le point de départ : le vague à l'âme du Narrateur (Edward Norton, halluciné et hallucinant), jeune cadre plus trop dynamique, insomniaque, qui trouve le réconfort et le sommeil en regardant le malheur des autres, s'incrustant dans toutes les thérapies de groupe qu'il peut croiser. Jusqu'au jour ou il croise le chemin de Tyler Durden
(Brad Pitt n'avait plus été aussi bon depuis l'Armée des 12 singes). En sa compagnie, commence une ronde sauvage de l'autodestruction, par le biais de la création du Fight Club, ou des types à la recherche de leur identité viennent se foutre joyeusement sur la gueule, le soir après le boulot...
Film totalement nihiliste, assumant complètement son côté racoleur, mais assez roublard pour ne pas s'ériger en porte drapeau d'une pseudo-génération à la recherche de ses repères, la principale qualité de Fight Club est la complète gratuité des situations et des personnages. Aucune tentative de justification ou d'explication, éclatement des repères narratifs et plongée finale dans un fantastique débridé, expliquent sans aucun doute le malaise provoqué par le film aux Etats Unis, ou l'on aime par dessus tout qu'un film, produit de consommation au même titre qu'un autre, puisse être rangé dans une case. Or, justement, Fight Club est inclassable (et le fait qu'il soit produit par une major est d'autant plus drôle). Même pas revendicatif de quoi que ce soit, le film est un ovni qui semble sorti du cerveau d'un Monty Python sous acide. Loin de susciter l'identification aux personnages (qui rêve de briser ses chaînes pour aller se friter chaque soir au point d'en être méconnaissable le lendemain ? Pas moi en tout cas...), le film n'est pas non plus le
brûlot fasciste dénoncé par certains. Lorsque le groupe de Pitt se transforme en milice paramilitaire à tendance chemises noires, il faut être miraud pour ne pas voir le côté ridicule de l'entreprise. Mais il est vrai, encore une fois, que Fincher ne cherche jamais à expliquer, justifier ou dénoncer.
Au final, Fight Club est un film ébouriffant, aussi brillant qu'il peut être énervant par ses
maniérismes, et se moquant aussi bien de son histoire que de ses spectateurs (roulés dans la farine du début à la fin). Fincher montre avec brio qu'il est bien le petit génie visuel que tout le monde plébiscitait à la sortie de
Seven, et qu'en plus il est capable de vendre au grand public ses obsessions et son nihilisme...
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Un film de David Fincher
Avec : Brad Pitt, Edward Norton, Jaret Leto, Helena Bonham Carter, Meat Loaf Aday
Durée : 02h15

Le
DVD Pléthore
de suppléments dans un double DVD au packaging original. En
vrac : une galerie de plus de 150 photos, les filmos, 7 scènes
inédites (principalement des montages alternatifs), les
bandes-annonces, un clip, une exploration du storyboard et des
effets visuels... plus tout un tas de petites gâteries. Rien
à redire donc... si ce n'est qu'il semblerait que quelques
suppléments soient inexplicablement passés à la trappe entre la
zone 1 et la zone 2. Va comprendre...
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