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Aniki,
mon frère (Brother)
La
question était angoissante : pour son premier film tourné aux
USA, Kitano allait-il, à l'image d'un John Woo, se perdre ? Aniki,
mon frère, en déroulant l'errance sanglante et nihiliste
d'un yakusa en rupture de ban, prouve avec brio que ce n'est pas
le cas.
Suite
à l'assassinat de son chef de clan, Aniki, un yakuza pur et dur,
refuse de rejoindre le clan vainqueur. Il s'exile alors pour les
Etats Unis où il compte retrouver son jeune frère, Ken, qui zone
avec une petite bande de dealers. Comme un yakusa n'est rien sans
clan, Aniki prend la direction du groupe et déclenche une
sanglante guerre de gangs dans les rues de Los Angeles.
A
la vision de ce beau film, tranchant, froid et paradoxalement
attachant, on en est donc sur : Kitano n'a rien perdu de son
identité. On peut même dire qu'il se renouvelle sans perdre ce
qui fait de lui un réalisateur au combien précieux. Bien sur, on
retrouve ici les thèmes et les obsessions du cinéaste :
immanquablement, le parcours picaresque et tragi-comique d'un
gangster, ou désoeuvrement alterne avec explosion de violence,
rappelle Sonatine. Mais s'il n'avait été qu'une
variation, Aniki aurait pu enfermer Kitano dans le piège de l'auto citation.
Au contraire et peut être pour la première fois, Kitano décide
de faire un film "de genre". Aniki est donc un vrai film
de "mafia", genre porté au pinacle par les Scorsese,
Coppola ou de Palma.
Sans
surprise, Aniki est donc violent. C'est même le Kitano le plus
dur depuis Violent Cop, sa première réalisation. Et son
étude des mœurs yakusas et de la vie d'un gang surprend
également par sa crudité. Ici, les codes yakusas sont montrés
sans fard et sans aucune volonté de mythification. Ils révèlent
de ce fait leur fondamentale dichotomie : à la fois leur profonde
rectitude morale (qui transcende ici les différences raciales :
seul compte le dévouement au groupe, pas la couleur de peau) et
leur stupidité intrinsèque et suicidaire (qui pousse un homme à
se supprimer uniquement pour prouver sa valeur).
Mais
s'il épouse en partie les codes de la saga maffieuse, de
l'ascension fulgurante à coups de massacres sanglants jusqu'au
retour de bâton, Kitano lui impose sa tonalité si particulière.
De ce fait, il le renouvelle de fond en comble. Bien sur, le
parcours d'Aniki rappelle furieusement celui d'un Tony Montana. Le
même aveuglement, la même violence. Mais l'univers de Kitano,
celui qui juxtapose poésie, onirisme et violence extrême, vient
s'y glisser à merveille. Le contemplatif Kitano est toujours là.
On
retrouve ses thèmes récurrents : le désœuvrement des
gangsters, qui tue le temps en jouant comme des gosses (voir la scène
hilarante du basket ball). Le nihilisme extrême d'Aniki qui le
pousse à l'autodestruction. Son autisme, renforcé ici par le
fossé culturel, qui fait de lui une créature lunaire. Son
obsession pour la mort et son inéluctabilité. Son humour enfin,
étrangement tendre et enfantin au milieu d'une telle avalanche de
morts violentes. Une tendresse véritable et contagieuse, à
l'image de la belle et improbable amitié qui se noue entre le
yakusa perdu et un jeune gangster noir.
Les
choix narratifs de Kitano finissent de donner à Aniki son ton si
particulier : ses ellipses, ses ruptures de ton, sa construction
éclatée, font ici merveille. Tout comme le graphisme épuré du
cinéaste ou la musique planante de Joe Hisaishi. Kitano est
toujours d'une élégance rare dans la mise en images. Aniki est
un beau film parfaitement maîtrisé, auquel on ne pourra guère
reprocher que d'être un brin répétitif dans son déroulement.
Manu
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Un film de Takeshi Kitano
Avec : Takeshi Kitano, Omar Epps, Kuroudo Maki, Masaya Kato
Durée : 1h54

Le
DVD Rien
que 4 pistes sonores : anglaise en 5.1 et DTS, et française en
5.1 et DTS ! Du coup, rien d'étonnant à ce que l'image souffre
un peu et ne soit pas au top. Franchement dommage, surtout que la
VO est largement supérieure : on y parle à la fois anglais et
japonais, à la différence de la VF ou tout le monde parle
français... On aurait pu donc allégrement se passer d'une piste
VF. Making
of ultra court (3mn), bande annonce et quelques interviews. Une
édition décevante pour un tel film.
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