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The
Pledge
"The Pledge" pourrait
ressembler à une banale histoire policière, le bon vieux flic qui n'arrive pas
à quitter son boulot, son jeune coéquipier qui n'a plus tellement confiance,
le meurtre abominable d'une petite gamine et une maman en larme faisant jurer au
papy policier le soir de sa retraite de retrouver coûte que coûte le meurtrier
de sa minotte. Le décor est planté en un temps record, et on a en plus la
justification du titre (pledge veut dire 'serment' en anglais).
Pour un peu, on se croirait
confortable pépère dans un bon gros blockbuster où tout va se passer comme prévu.
Sauf que. Déjà, on a Nicholson qui crève l'écran, et qui nous fait le déliré
tremens dès l'intro. Ce qui malgré le rôle carré et la casquette qu'il
porte, nous laisse d'ores et déjà supposer qu'il va encore nous faire un cinglé
de première. Autant dire qu'on se frotte les mains. Ensuite, on aura remarqué
que le film est adapté d'une nouvelle de Dürrenmat, excusez du peu. Et le
montage de cette introduction est tellement éclaté qu'on a du mal à croire au
déjà-vu. Finalement, on commence à se dire que Sean Penn va nous
gratouiller là où ça cicatrise mal. Et que toute hollywoodienne qu'est la
production, on risque d'en prendre plein la poire.
L'enquête tourne rapidement en
affaire classée, mais Jerry Black (Nicholson) en bon vieux détective à qui on
ne la fait pas, n'y croit pas et continue à chercher un coupable que ses
collègues sont persuadés d'avoir épinglé. Ça tombe bien, il est maintenant
à la retraite et a du temps à tuer. Le film sert alors de prétexte à étudier
le caractère obsessionnel de Black, et ses fantasmes morbides. On se met à
douter. A-t-il raison ? Existe-t-il un tueur en série ? Au final, peu importe.
Sean Penn a le talent d'utiliser un genre ultra-exploité (celui du thriller
polcier) et l'image collan quasiment comme une seconde peau à Nicholson (celle
du déjanté) pour remettre en question ces clichés, laissant continuellement
le doute planer sur l'audience. Au-delà de la traque d'un éventuel tueur en série,
l'intérêt du film est nettement porté sur la lente désintégration d'un
individu, une fois que les garde-fous sociaux imposés par nos pairs volent en
éclat. C'est un regard dur que Penn porte sur la vieillesse et la déchéance,
moins physique que morale, conséquence du rejet social ressenti une fois que
notre identité n'est plus justifiée par notre profession. Et le film d'aller
impassiblement, en vitesse troisième âge, vers une conclusion toute autant
logique que surprenante, belle de simplicité et qui se paie pourtant le luxe de
ne pas être simpliste, et de poser intelligemment quelques questions sur le thème
de la fin et des moyens, ou celui de la justice rendue par des hommes mêlant
Dieu à tout ça.
Qu'on soit bien clair. Il ne faut
pas s'attendre dans "The Pledge" à une pléthore d'explosions, à la
petite musique angoissante et les scènes d'action qui muscleraient les abus de
ralentis. Autant l'avouer tout de suite, Sean Penn n'est malheureusement pas
John Woo, et ça se sent. Pourtant, malgré quelques hommages maladroits à
Fritz Lang (qui avait probablement avec "M. le Maudit" plus contribué
pour le cinéma à suspense que ne le fait l'ami Penn), il se sort habilement
d'un sujet casse-figure. Et comble du luxe, il nous fait quelques montages de séquences
pas piqués des hannetons, donnant du rythme à son histoire là où on ne
l'attend pas. On se retrouve donc avec un sujet bien grave, traité avec
une simplicité de corps qui sert autant l'esthétique du film qu'elle
peut parfois friser l'agacement. Mais on se retrouve aussi avec en contrepoint
de petites perles cinématographiques, magnifiques, témoignant d'un véritable
travail d'écriture. Et ce n'est déjà pas si mal. On aime ou on n'aime pas,
mais "The Pledge" travaille les tripes à la petite cuillère,
lentement mais sûrement, et s'avère être au final surprenant de sincérité
dans son propos -- une bénédiction de la part d'un film issu d'une industrie
faisant habituellement son beurre sur les clichés et les stéréotypes.
Seul véritable regret, Mickey
Rourke, toujours excellent, n'apparaît que dans une seule scène. On en aurait
pourtant repris un morceau.
Poume

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Un film de Sean Penn
Avec : Jack Nicholson, Aaron Eckhart, Robin Wright Penn,
Benicio del Toro
Sortie
US : janvier 2001
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