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Le
Pacte des Loups
Hier soir, je suis allé voir le
Pacte des Loups. C'était un peu dur, ce soir là : j'étais crevé et j'étais persuadé que,
vu la longueur du métrage et les avis défavorables glanés de ci de là,
j'allais pouvoir dormir comme un bébé bien installé dans un fauteuil
confortable Et alors... Ben, comme ça, sans prévenir, j'ai été propulsé au milieu d'un film Gigantesque. Nom d'un schtroumpf, quel film ! Quel Putain de Grand film ! Sans doute le plus beau que j'ai vu depuis des années....
Alors forcément, ce qui suit n'a rien d'une critique objective.
Vous l'aurez compris, c'est plutôt une déclaration d 'amour : je me peux pas m'empêcher de vous dire pourquoi j'ai adoré ce film, c'est plus fort que moi !
Pourquoi le Pacte des Loups m'a fait rêvé. Pourquoi j'en
redemande... J'ai entendu plein de critiques
aigres, qui disaient en gros que Gans se livrait à un mélange de genres
pas digérés qui aboutissait à une espèce de mosaïque sans liant, plombée par des scènes d'action "à la Matrix" (encore une belle connerie de nos amis journalistes, Matrix n'ayant fait que s'abreuver au sein du cinéma asiatique, mais bon...) totalement anachroniques avec l'époque ou se situe le récit...
Pourtant présenté par les critiques comme une tentative de
renouveau du film-spectacle "à la française", on
commence par lui reprocher justement ses ingrédients de film
d'action trépidant (il y a trop d'effets sonores et de cascades,
disait un journaliste à la radio !). Faudrait savoir ! Je comprends
aisément qu'on puisse être un peu surpris par le mélange de genres, le contraste entre des scènes d'action (réellement fabuleuses) et de longues scènes
intimistes (très belles, émouvantes et drôles à la fois), mais moi ça m'a captivé d'un bout à l'autre, pris par les couilles (excusez hein, je m'emporte...) et pas lâché jusqu'à la fin !
La force du film, c'est ce rythme chaotique, volontairement lent
dans les scènes d'exposition, comme pour mieux laisser le public
s'imprégner des miasmes du Gévaudan, et régulièrement
dynamité par des accélérations fulgurantes.
Bien sur, on voit les inspirations de Gans : entre l'horreur italienne à la
Mario Bava (le repaire de De Morangias), le fantastique anglais style Hammer films, le western spaghetti (l'essai des armes à feu avant la chasse), le cinéma asiatique (les combats bien sur, mais aussi l'esthétisme
outrancier)... Mais contrairement à ce qu'on a pu lire, jamais ces influences ne bouffent le film. Au contraire, fédérées par un superbe script et une mise en scène au cordeau, elles s'unissent pour donner une atmosphère unique, excitante et déroutante, un véritable métissage cinématographique d'une fraîcheur incroyable...
Le tout est porté par un travail exceptionnel sur la photographie et les éclairages (et c'est tellement rare dans le cinéma français, attaché à la photo réaliste et granuleuse du film d'auteur ou à l'esthétique série télé
ripolinée des grosses prod style Taxi) : on sent toute la profondeur du pays de Gevaudan, on hume presque les vapeurs brumeuses de ses forêts ou les relents méphitiques du repaire de la bête...
Et là dessus, Gans se paie le luxe d'une vraie direction d'acteurs, tous excellents. Idéal en héros gouailleur à la gueule un peu cassée, Samuel Le Bihan
est épatant. Vincent Cassel est très bon, glaçant et pathétique à la fois. Monica Belluci... euh, j'vais tenter de rester calme : disons juste qu'elle est superbe.
Jérémie Rénier et Emilie Duquenne sont excellents. Et tous les seconds rôles, de Stévenin à Jean Yanne en passant par Bernard Fresson
ou Jacques Perrin (excusez du peu), sont parfaits. Là ou Crying Freeman, plastiquement superbe, pêchait totalement, c'était dans cette absence de réels personnages : ici, Gans n'a pas répété la même erreur, et chaque personnage est riche, existe en dehors de
l'intrigue, y apporte son histoire.
Mais le gros choc, le vrai, ce fut Marc Dacascos !
Et oui, considéré comme un pseudo kickboxer, il n'a jamais été aussi bon que
sous la direction de Gans. Alors qu'avant de voir le film, je ne croyais pas à cette histoire d'indien pour faire exotique,
dans la salle, j'ai acheté le concept à 200% !!! On y croit d'un bout à l'autre, Mani est le seul être sensé et pur dans ce monde clos et décadent. Cet indien est une pure icône cinématographique, un vrai phantasme de gamin, et Dacascos réussit l'exploit de s'imposer par sa seule présence physique écrasante. Il est le vrai point d'appui du spectateur, qui ne peut que s'identifier, et son regard distant sur cette
France qui se débat pour sortir de l'obscurantisme ne peut être que le nôtre. Rien que pour lui, il faut voir le film. Gans décrit ce perso comme une
"icône" de bande dessinée, et c'est on ne peut plus vrai : on a l'impression de voir un dessin de Franck Miller en action...
"Je vois Mani comme un être un
peu surnaturel, intimement lié aux forces de la nature. Il ne vit pas sur le même
rythme sensoriel que ses semblables. Il voit, entend, respire différemment.
Pour moi, c’est un personnage quasiment métaphysique".
Et puis bon, que dire encore : un scénario malin et touffu, plein de surprises, capable surtout de prendre à son compte une mythologie française aussi établie que celle de la bête, ce qui permet justement de fédérer le patchwork visuel détonnant voulu par Gans.
Allez voir le Pacte des Loups (oui ALLEZ Y). Allez y avec des yeux de gamin de 12 ans, et laissez vous porter.
Ce film est ce qui pouvait arriver de mieux au cinéma français
Manu
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Un film de Christophe Gans
Avec : Samuel Le Bihan, Vincent Cassel, Mark Dacascos, Emilie Dequenne,
Monica Bellucci, ...Jérémie Rénier Durée
: 2h22
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