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Jeanne
d'Arc
Au fin fond d'un village lorrain, en pleine guerre de Cent ans, une jeune paysanne entend et voit des choses que nul autre ne perçoit. Persuadée d'être investie d'une mission divine, elle se rend auprès du dauphin de France et lui demande une armée. Après avoir pris Orléans, elle le fera couronner...
L'histoire de la pucelle est l'une des plus universelles et donc l'une des plus souvent portées au grand écran, sur tous les modes et à toutes les sauces. C'est aujourd'hui le nouveau film du plus mégalo des cinéastes français, qui refuse toujours que les critiques qui ne s'engagent pas à dire du bien de lui voient son film… A dire vrai, on n'attendait pas grand chose de la part du réalisateur du lamentable Cinquième
Elément, un type capable de massacrer le cinéma de genre en faisant semblant de lui rendre hommage (Remarquez, Lucas a fait encore plus fort avec La Menace Fantôme : il a ridiculisé un genre qu'il avait lui même créé...)
Au final, Jeanne d'Arc est sans doute le meilleur film à ce jour de Luc Besson, le plus abouti, tant sur le fond que sur la forme. Est ce à dire qu'il s'agit d'un grand film ? Malheureusement, s'il s'avère spectaculaire et très beau, s'il est fort bien interprété, cette énième version de Jeanne d'Arc manque son but : humaniser son héroïne et son drame, le rendre palpable. Le maniérisme de Besson est une fois de plus bien trop présent, et son film est au final un exercice esthétisant et assez vain.
Le début du film est laborieux et laisse présager le pire pour la suite : les premières minutes, où l'on voit Jeanne courir dans les champs de fleurs font très peur. On croit voir Laura Ingalls dans le générique de la Petite Maison dans la Prairie. Vient ensuite l'attaque du village de Jeanne par une bande hirsute de soudard anglais, et le film s'enfonce dans le ridicule après 10 minutes… La scène fait réellement figure imposée, elle est mal amenée et totalement prévisible : ou quand Jeanne d'Arc rencontre Conan le Barbare ! Mais heureusement, très vite, Besson se rattrape et livre un spectacle enlevé, culminant dans le siège d'Orléans, joli moment de sauvagerie.
Pour une fois, Besson s'est concentré sur son histoire et sur ses personnages, réussissant à les faire exister au delà de leur statut d'icônes ou d'archétypes (ce qu'il n'arrivait jamais à faire jusque là), servis par ailleurs par d'excellents acteurs
(Tchéky Karyo et Vincent Cassel en tête). Et il laisse un peu de côté son irritante vacuité visuelle et stylistique pour raconter une histoire. Alors bien sur, il en reste des traces (notamment dans les visions destructurées de Jeanne) mais il arrive même à en jouer. Ainsi l'une des scènes les plus cucul du début (Jeanne se roule dans l'herbe, et comme par miracle découvre une épée genre Excalibur posée dans le champ) est-elle totalement démontée une heure plus tard, lorsque La Conscience montre à Jeanne les multiples raisons rationelles pouvant expliquer la présence d'une épée dans un champ, sans avoir recours à une intervention divine.
C'est une scène clé du film. Besson n'a pas réalisé un film historique (sur ce plan là, on est en droit de se marrer très fort à plusieurs reprises), encore moins un film militant ou croyant. Plus qu'une interrogation sur l'origine divine ou non des visions de Jeanne, c'est au caractère exceptionnel de cette femme (qu'on ne peut nier, intervention divine ou pas) qu'il s'attache, à ses obsessions, ses faiblesses symbolisés par cette Conscience
(Dustin Hoffmann) à la fois persécutrice et confidente.
Et c'est bien là que le bât blesse. A aucun moment, Besson n'arrive à nous faire partager les sentiments ou la douleur de cette jeune femme. Le spectateur reste toujours très loin de l'héroïne, et ne peut guère s'y attacher. Et de se raccrocher aux seconds rôles, tous excellents. Hystérique et illuminée dans la première partie du film, mais jamais humaine, tant et si bien qu'on ne ressent rien pour elle dans la seconde partie, qui aurait pu (ou plutôt dû) être poignante. Monolithique et froide à l'image de son personnage vu par Besson, Milla Jovovich ne dégage aucune sensibilité, aucune vie. De ce passage ratée de l'héroïne « surnaturelle » à la femme brisée vient le déséquilibre profond du film et la profonde dichotomie des deux parties : sorte de Braveheart trépidant en premier lieu, puis pensum mystico-psychanalitique ennuyant.
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Un film de Luc Besson
Avec : Milla Jovovich, Tchéky Karyo, Faye Dunaway, Vincent Cassel, Dustin
Hoffman, John Malkovich
Durée : 02h40
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